SÉLECTION TV HEBDOMADAIRE

Vendredi 13 décembre 2019

Jacques Brel, fou de vivre 


Film documentaire de Philippe Kohly (France, 2017)

Vendredi 13 décembre 2019 à 23h25 sur France3 Durée : 115 min A 34 Mu 

Jacques le fou, Jacques le pas sage. L'élève cancre n'a pas suivi la voie ouverte par son père, industriel flamand. Pis, il a envoyé valdinguer son premier travail au sein de l'entreprise familiale de carton ondulé, pour chanter dans des cabarets bruxellois. Puis à 24 ans, voilà Jacques Brel à Paris, où il commence à gagner sa vie comme artiste, tandis que « Miche », son épouse, élève seule leurs filles en Belgique. A partir de 1959, Brel compose et interprète ses plus grandes chansons (Ne me quitte pas, Amsterdam, Madeleine, Les Bourgeois, Le Plat Pays...). Plus que les ventes de disques et l'amour du public, c'est le caractère complexe de Brel qui a dicté sa carrière musicale et cinématographique. Avant chaque tour de chant, avec ses musiciens et son fidèle assistant Jojo (Pasquier), le chanteur vomit de peur puis enchaîne les titres, enflammé et suant, sans permettre au public de l'applaudir. Pas de bis... : Brel a le goût du large, même lors de ses plus magistrales interprétations sur scène. Il tente de régler un conflit intérieur, tempérant l'enthousiasme des foules, son complexe de « n'avoir rien à dire comparé à Rimbaud ou Ravel » et une forme de détachement existentiel.

Après avoir signé de nombreux portraits (Brando, Vian, Callas), Philippe Kohly a conquis une place de réalisateur-biographe, sans jamais devenir complaisant. Avec une réelle dextérité dans l'utilisation des archives, et grâce à un commentaire écrit et nerveux, Kohly sonde les failles de Jacques Brel : son rapport (compliqué) aux femmes, aux vieux, aux bourgeois..., ses rêves de liberté, sa retraite prématurée à 37 ans en tant que chanteur. Piégé par son succès immense, le troubadour « anti-système » (bien avant que cette expression n'émerge) a pris la route, avec sa guitare. Puis de l'altitude à bord d'avions qu'il adorait piloter. Une pointe de férocité et un grand bol d'air, de lumière et de chansons. (Télérama) 

  

Dimanche 15 décembre 2019

Vol 93 (United 93) 

 
Film long métrage de Paul Greengrass (GB, France, USA, 2006)
 
Dimanche 15 décembre 2019 à 23h00 sur rtl9  Durée : 110 min SHS 32 - FG 31 

Le 11 septembre 2001, le quatrième avion détourné par les kamikazes d’al-Qaida s’abîme dans un champ de Pennsylvanie. Ses passagers, alertés de ce qui se passait ce matin-là, ont tenté de reprendre le contrôle de l’avion, y laissant leur vie. Idéal pour les faiseurs de mélodrames hollywoodiens ? Produit et réalisé par des Britanniques (mais soutenu par Universal), Vol 93 déjoue ces craintes-là. Paul Greengrass reste fidèle à son style : caméra mobile et nerveuse, montage haché. Un saisissant effet de vérité.

D’abord, tout se passe hors de l’avion : la lente découverte par les autorités aériennes que ce mardi de septembre ne sera pas comme les autres. Le récit va et vient entre l’aéroport de Newark, où se prépare l’embarquement du vol 93, retardé, et les tours de contrôle. À bord, l’action reprend ses droits. On sait que des passagers ont appelé leurs proches de leur portable. Ces conversations ont bouleversé l’Amérique. Jamais, pourtant, Vol 93 n’embouche les trompettes patriotiques. Il décrit cet engagement personnel, concret, qui fera d’anonymes des héros. (Télérama)

pdf_20x20  Fiche pédagogique e-media

 

 

Lundi 16 décembre 2019

Tout en haut du monde 


Film d'animation long métrage de Rémi Chayé (France/Danemark, 2015)

Lundi 16 décembre 2019 à 21h00 sur tv5 Durée : 80 min FG 31 

1882, Saint-Pétersbourg. Sasha, jeune fille de l’aristocratie russe, admire son grand-père, le fameux explorateur Oloukine, disparu lors de sa dernière expédition à la conquête du pôle Nord avec son magnifique bateau, le Davaï. Alors que l’image d’Oloukine risque d’être ternie par un odieux conseiller scientifique du tsar, l’adolescente décide de partir vers le Grand Nord et de retrouver le navire…

Après le mouvementé et imaginatif Avril et le monde truqué, voilà un vrai film d’aventures avec souffle et grands sentiments. Armé d’un CV irréprochable (il a été assistant réalisateur du Tableau, de Jean-François Laguionie, et de Brendan et le secret de Kells, de Tomm Moore et Nora Twomey), Rémi Chayé s’impose avec cette quête du bout du monde, riche en couchers de soleil, mutineries, éboulements de glacier et banquises d’une aveuglante beauté. Seule parmi les hommes mais n’écoutant que sa volonté, sa Sasha n’a rien à envier à la Mulan de Disney. Quand, dans une taverne du port, elle apprend la dure vie de serveuse, ou avance, butée, dans le blizzard, on pense à la jeune guerrière chinoise.

L’esthétique du film est splendide : les couleurs fauves des toiles d’André Derain se fondent dans le blanc le plus pur, avec une abstraction proche de Nicolas de Staël. Fidèle à la grande tradition de l’animation mondiale, Tout en haut du monde offre aussi sa très belle séquence de deuil : un vieil homme pétrifié par la glace qui dérive et disparaît… Avec son délicieux profil tourné vers l’horizon, Sasha a tout pour entrer au panthéon des plus jolies héroïnes d’animation. Après La Reine des neiges de Disney, la princesse des glaces de Chayé. (Télérama)