Sélection TV de la semaine

Tokyo, cataclysmes et renaissances 

Film documentaire de Olivier Julien (France/Japon, 2016) SHS 31 – 9e et SHS 32

Samedi 20 mai 2017 à 20h50 sur Arte. Durée : 90 min

Tokyo, qu'est aujourd'hui la plus grande agglomération au monde, n'était au milieu du XIXe siècle qu'une ville modeste nommée Edo, dans un Japon encore féodal. En 1868, l'empereur Meiji entreprend de la moderniser. Un siècle et demi plus tard, cette mégapole futuriste en perpétuelle évolution semble toujours tournée vers l'avenir. Un art du renouvellement en partie hérité de son histoire, car détruite à deux reprises, la ville a su à chaque fois renaître de ses cendres. Le 1er septembre 1923, le séisme du Kanto provoque un incendie qui fait 105 000 morts et détruit la quasi-totalité des quartiers historiques. Le 10 mars 1945, les Américains larguent sur la ville un déluge de bombes, tuant plus de 100 000 personnes et réduisant le centre à néant. L'incroyable résilience des habitants va à nouveau donner des ailes à la reconstruction. Un documentaire adapté de celui de Shinki Iwata. (Télérama) 

 

Le choix de peindre, Vincent Van Gogh 

Film documentaire de Henri de Gerlache (Belgique, 2014) A34AV

Dimanche 21 mai 2017 à 18:00 sur Arte. Durée : 60 min

A l'automne 1878, Vincent Van Gogh part évangéliser les mineurs les plus démunis qui vivent dans le Borinage, en Belgique. Pendant deux ans, c'est au coeur de la misère et dans les entrailles de la terre qu'il décide de son destin : devenir peintre. Un choix de vie qui transformera à jamais son histoire. Le monde de la peinture n'est pas une découverte pour lui : il en connaît les rouages depuis sa plus tendre enfance. Mais alors qu'il pensait s'en détourner en s'engageant comme pasteur parmi les pauvres, il redécouvre sa vocation. Sa quête spirituelle de pasteur errant lui donne les clefs de ses choix : il dessinera les pauvres et la nature. Ce documentaire s'impose en préambule à ceux qui se rendraient à Mons, visiter l'exposition consacrée aux débuts de Van Gogh.

Le film éclaire avec un tact sans pathos ces années sombres durant lesquelles celui qui n'est encore qu'un pasteur en devenir souhaite évangéliser une communauté de mineurs, digne du Germinal de Zola. Constamment tiraillé entre ses prêches dans « un village qui sent l'abandon, le silence et la mort parce que la vie se passe en sous-sol » et la peinture, la littérature, auxquels il réfléchit dans un extrême dénuement, Vincent écrit à son frère Théo son coup de grisou : « J'ai un foyer en moi auquel personne ne vient se réchauffer. » Il résoudra ses dilemmes d'une belle formule : « L'art, c'est l'homme ajouté à la nature. »

Destitué de ses fonctions pastorales au bout de six mois, Van Gogh dessine en possédé : « Cette lutte d'apparence terrible n'est autre chose qu'un travail d'enfantement. La douleur d'abord, la joie ensuite. » De la sublimation des gueules noires à la quête des lumières du Midi, Van Gogh lutte contre ses propres ténèbres : « Et maintenant, je suis en route », dit-il depuis son Borinage, dans le Hainaut. A nous de le suivre. (Télérama) 

 

Deux jours, une nuit

Film long-métrage de Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne (France/Belgique 2014)

Dimanche 21 mai à 20h55 sur France 2. Durée : 95 minutes

Un chef d'entreprise demande à ses employés de choisir entre leur prime annuelle de mille euros ou licencier une de leurs collègues, Sandra. Cette femme qui fait parfaitement son travail ne supporte pas cette injustice. Sans formation, elle ne peut pas se permettre de perdre son emploi. Soutenue par Manu, son mari, elle va alors tenter de convaincre ses collègues de renoncer à leur prime pour qu'elle puisse rester dans l'entreprise. Mais elle ne dispose que d'un week-end pour les persuader. Si certains acceptent sans hésiter, d'autres, aux fins de mois difficiles, renâclent et refusent de l'aider...

S'ils votent « pour », Sandra reprendra sa place. S'ils votent « contre », chacun des seize employés touchera une prime de 1 000 euros. C'est le deal imposé par l'entreprise, et personne n'a osé protester : on ne s'oppose pas à l'injustice en temps de crise. Sandra a le week-end pour plaider sa cause. Et convaincre ses collègues de renoncer à l'argent...

On suit donc Marion Cotillard (d'une précision rare dans le plus petit geste, la moindre intonation) qui marche, court, prend le bus, roule en voiture, bref, qui avance sans cesse. Par moments, elle doute. Elle manque de souffle : les Dardenne la montrent comme asphyxiée, soudain, avalant de l'eau à pleines gorgées, respirant de l'air à pleins poumons. Sans doute sa gorge se noue-t-elle de honte à l'idée de devoir mendier l'aide de ses collègues. Provoquer leur gêne, peut-être leur haine.On décèle, désormais, chez les frères Dardenne — parallèlement à l'apparition du soleil dans leurs films, avec Le Gamin au vélo — non pas un goût pour le miracle (le mot les ferait fuir), mais le reflet d'une transcendance possible. La transcendance, ici, c'est le lien qui unit Sandra à son mari. Il l'aime, il l'aide, il la soutient, il la pousse, il l'entraîne. En les contemplant, les frères filment ce qu'ils craignent de voir disparaître chez les autres : la complicité. Ces deux-là vont gagner ou perdre, qu'importe, puisqu'ils luttent ensemble. Par eux, pour eux, le film devient radieux. (Télérama) 

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Léviathan

Film long-métrage de Andreï Zviaguintsev (Russie, 2014)

Lundi 22 mai à 20h50 sur Arte. Durée : 141 minutes

Mécanicien modeste, Kolia habite dans une petite ville russe perdue au bord de la mer de Barents. Travailleur et entreprenant, il y tient un garage près de la maison qu'il occupe avec sa jeune femme et son fils. Chacun l'apprécie pour son honnêteté. Sa vie devient un enfer lorsque le maire de la ville, un homme corrompu, décide de s'approprier coûte que coûte la propriété de Kolia. Un luxueux projet immobilier pourrait en effet rapporter gros à cet endroit. Une lutte s'engage alors entre les autorités locales, mafieuses, et le garagiste, qui refuse de perdre tout ce qu'il a bâti. Peu à peu, le face-à-face s'avère moins inégal que prévu...

A Moscou, il s'en passe de belles. Ceux qui ont vu Elena, le précédent film du cinéaste, le savent. Mais dans cette province lointaine, au nord du pays, près de la mer de Barents, c'est pis encore. Dmitri, l'avocat venu de la capitale défendre son copain, exproprié par le maire du coin, va vite s'en apercevoir. Pour l'emporter sur l'adversaire, il ne compte pas sur la justice, qui donne toujours raison aux puissants, mais sur le chantage. Ça marche. Un temps, seulement...

Andreï Zviaguintsev filme son pays comme exsangue, l'alcool ayant remplacé le sang dans les veines de ses compatriotes. Tous noient, du matin au soir, dans la vodka leur mal-être, leurs remords d'être devenus ce qu'ils sont... Les Russes ont toujours eu un sens exacerbé de la faute : la culpabilité traverse leur vie, leur littérature, leur cinéma. En même temps que leur chère vodka, les personnages de Léviathan avalent leur médiocrité. Poutine comme, jadis, Staline. Dans une scène très réussie, un groupe se réunit, un week-end, pour une séance de tir dont les cibles sont les portraits des dirigeants d'autrefois : Lénine, ­Brejnev, Gorbatchev. « Où sont les plus récents ? » demande l'un des participants. « On n'a pas encore le recul historique », ­réplique un autre...

La musique grondante de Philip Glass, compositeur auquel Andreï Zvia­guintsev avait déjà fait appel dans ­Elena, semble faire de Léviathan le ­second volet d'un diptyque. Dans Elena, on voyait des « pauvres » envahir la maison luxueuse où une femme de leur classe sociale avait commis un meurtre. Ici, la maison des « pauvres » est détruite par des nouveaux riches tout-puissants. Léviathan, le monstre annonciateur de chaos, règne en maître sur un pays sans âme. (Télérama)

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Bouboule

Film long-métrage de Bruno Deville (Suisse romande - 2014)

Mardi 23 mai 2017 à 20h35 sur RTS Deux. Durée : 85 minutes

Kevin a 12 ans et voit des éléphants quand il mange un beignet. La nourriture embellit la vie de l'adolescent, un peu trop d'ailleurs, car celui qu'on appelle Bouboule, avec 100 kilos au compteur, est en surpoids. Brigitte, sa mère qui l'élève seule, décide de prendre les choses en main et l'envoie faire du sport. Sur place, Kevin rencontre Alice, une jeune fille qui, comme lui, veut s'échapper de cet enfer. Ensemble, ils rencontrent Patrick, dit Pat, un garçon un peu bizarre et marginal, qui ne jure que par les entraînements commando. Parce qu'il admire Pat, Kevin accepte de se livrer à des exercices dignes de l'armée. Ses efforts finissent par payer...

Un gamin roux et obèse, avec un petit sourire en coin, sur fond bleu : l'affiche, qui évoque une comédie façon Ducobu avec un petit gros pour héros, est vraiment à côté de la plaque. Couvé par sa mère (Julie Ferrier), souffre-douleur des enfants du quartier et de ses propres soeurs, Kevin (David Thielemans), 12 ans et 100 kilos, a la crise cardiaque pour seul avenir, dixit son médecin. Ses seuls moments de bonheur ? Des hallucinations, à force de s'empiffrer...

Dans ce premier long métrage très auto­biographique, le jeune réalisateur suisse n'hésite pas à scruter les multiples bourrelets de son jeune interprète, David Thielemans. N'est-ce pas ainsi que les autres le regardent ? Puis il lui offre un étonnant régime militaire : un vigile de centre commercial tendance facho (Swann Arlaud) devient son « instructeur ». Comment un ado mal dans son corps peut suivre le pire modèle pour avoir l'impression, enfin, d'être accepté et respecté... Dans ses meilleurs moments (une scène dérangeante de simulation de « chasse au terroriste » dans la forêt), cette chronique d'une initiation à la violence rappelle l'âpreté d'un certain cinéma américain indépendant. Dommage que quelques facilités de scénario, vers la fin, et une volonté de stylisation avec des couleurs pimpantes saturées diluent et atténuent le propos. Mais cette comédie acide reste l'occasion de retrouver Swann Arlaud, capable de donner de la fragilité à un personnage bas du front. (Télérama)

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Mr. Turner 

Film long-métrage de Mike Leigh (Royaume-Uni/France/Allemagne, 2014) A32-34 AV

Jeudi 25 mai 2017 à 23h50 sur France 3

Artiste reconnu, membre apprécié quoique irrévérencieux de la Royal Academy of Arts, le peintre J.M.W. Turner peut compter sur le soutien indéfectible de son père qui est aussi son assistant. Il est également choyé par sa dévouée gouvernante. Il fréquente l'aristocratie, visite les bordels en quête de tendresse et nourrit son inspiration par ses nombreux voyages. Il a beau être reconnu, il est souvent la cible de la bonne société et du public qui ne comprennent pas son art. A la mort de son père, profondément affecté, Turner ne veut plus voir personne. Sa vie change cependant quand il rencontre Sophia Booth, propriétaire d'une pension de famille en bord de mer...

Du peintre anglais William Turner (1775-1851), l'acteur Timothy Spall fait un presque obèse, visage grimaçant, grognements porcins à gogo. Comment, de tant de laideur, jaillit une beauté sans pareille ? Dans ce récit fragmenté des vingt-cinq dernières années de sa vie, l'art de Turner est d'abord montré comme un métier. Pas sans analogie avec celui de cinéaste. Repérages, croquis comme les esquisses d'un story-board, visite au marchand de couleurs comme on va chez le loueur de caméras : il est vraisemblable que Mike Leigh partage la misanthropie tranquille de son personnage.Tout au long du film, Turner ne trouve son accomplissement que face aux paysages qui l'inspirent. Ou au milieu des éléments, le film attestant une légende selon laquelle Turner se serait attaché au mât d'un navire pour être au coeur d'une tempête. La beauté, la vérité du monde résident dans un ciel changeant. Mais certainement pas en l'homme : ni lui-même (« Quand je me regarde dans un miroir, je vois une gargouille »), ni ceux qu'il côtoie, dont la hideur morale accompagne parfois les déconfitures implacables du corps.

Par petites touches, Mr. Turner installe un sentiment poignant d'élégie. Cerné par la laideur, le peintre s'est entraîné à ne voir que la beauté. Une scène tire les larmes : il chante, d'une voix mal assurée, When I am laid in earth, tirée du Didon et Enée de Purcell. De l'ogre difforme sort la conscience d'un éden perdu. C'est bouleversant. (Télérama)

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